Maïté Lønne, 27 ans, sait combien il est important de dénoncer la violence. Son propre témoignage a permis de faire tomber un réseau d'exploitation sexuelle à Liège et de mettre le chef derrière les barreaux. Des centaines de femmes ont été exploitées par ce réseau, mais seulement douze, dont Maïté, ont accepté de témoigner. Elle nous explique pourquoi.

"À cause de la honte que nous avons ressentie à propos de ce que nous avons vécu, à cause du manque de soutien, à cause de la culpabilité, mais aussi parce que les paroles des victimes n'ont pas été prises au sérieux, presque personne n'a osé dire quoi que ce soit", dit-elle.

"J'ai réalisé que pour les filles et les femmes victimes de violences sexuelles, il y avait un énorme problème pour savoir vers qui se tourner... Grâce à la montée du féminisme, les victimes s'expriment de plus en plus".

 

Aujourd'hui, elle est membre de l'Observatoire de la violence à l'égard des femmes et porte-parole belge d'Innocence en danger, une organisation internationale qui œuvre pour la protection des enfants contre toutes les formes de violence, y compris la violence sexuelle.

"J'ai subi beaucoup d'abus psychologiques, physiques et sexuels pendant mon enfance", dit-elle. "J'ai été maltraitée par un membre de ma famille. J'ai été maltraitée par un patient de l'hôpital psychiatrique dans lequel j'ai été placée... J'ai rencontré beaucoup d'enfants qui ont été maltraités, que ce soit dans la rue, dans des hôpitaux psychiatriques ou dans des maisons d'accueil pour enfants."

Son enfance traumatisante l'a amenée à se droguer et l'a rendue vulnérable aux comportements prédateurs. "Lorsque j'ai atteint l'âge de 18 ans, les maisons de soins m'ont simplement poussée à partir", dit-elle. "En tant qu'enfant maltraitée qui n'a jamais reçu de soutien, j'ai été propulsée dans une société que je ne pouvais pas gérer, que je ne comprenais pas."

Selon elle, il est essentiel que les services répondent non seulement aux symptômes de la violence, mais aussi aux liens entre toutes les formes de violence.

"Chaque survivant a une histoire différente, mais en fin de compte, nos problèmes sont les mêmes."

Son travail créatif en tant qu'auteure et actrice a contribué à sa guérison. "Ce qui m'a sauvée, c'est le théâtre, la mise en scène, l'écriture, les arts martiaux", dit-elle. "Tout cela a contribué à me reconstruire en tant que personne.”

Ses amitiés avec des survivantes de violence infantile et de violence sexuelle ont motivé ses efforts pour faire de la fin de l'exploitation sexuelle une priorité politique. Elle s'efforce également de faire en sorte que les survivantes soient intégrées plus largement au mouvement #metoo. 

En 2018, elle a abordé le sujet de l'exploitation sexuelle lors d'un événement international organisé à Paris par CAP International (Coalition pour l'Abolition de la Prostitution).

"Pouvoir parler au sein d'un groupe de survivantes était absolument incroyable", dit-elle. "J'ai pu rencontrer des survivantes du monde entier. De France, d'Allemagne, d'Espagne, d'Afrique. Je pense que toutes ensemble, nous allons pouvoir créer quelque chose d'énorme.”

Auparavant, lorsqu'on me demandait comment j'allais, je répondais : "Je survis". Il n'y a pas si longtemps, j'ai répondu : "Je vis."

Maïté Lønne soutient Innocence en danger Belgique et Isala.