TAHOUA, Niger – Mettre fin aux violences sexuelles et soutenir les survivantes est un effort à l'échelle de la communauté. Personne ne peut le comprendre mieux que Serigne Mor Mbaye, un psychosociologue qui a formé plus de 200 membres des forces de police, de l'armée, de la garde nationale et du système judiciaire pour répondre de manière appeopriée aux victimes de violences sexistes.

« Il est essentiel que chaque acteur joue son rôle dans la chaîne de soins aux survivantes dans une alliance thérapeutique », a déclaré M. Mbaye, qui travaille dans les zones ciblées par l'Initiative Spotlight au Niger (Maradi, Tahoua, Tillabéry et Zinder).

“Chaque acteur joue son rôle dans la chaîne de soins aux survivantes.” - Serigne Mor Mbaye, psychosociologue

Fati*, 35 and et sa fille Samira­­*, 16 ans, font partie des quelques 33% de femmes nigériennes qui ont subi des violences sexuelles ou sexistes. Un soir, alors que mère et fille rentraient chez elles, trois hommes ont attaqué et violé Samira. Les hommes, connus dans leur quartier, ont intimidé Fati et sa fille afin de les dissuader de porter plainte. D'autre part, même lorsque l'identité des délinquants est connue, les femmes peuvent hésiter à signaler les violences sexuelles car elles risquent de subir une stigmatisation sociale en plus des traumatismes émotionnels et physiques liés à l'agression.

Mais Fati a refusé de se taire. Encouragée par sa voisine, une militante qui avait suivi une formation sur les violences sexistes, elle a dénoncé les hommes à une ONG locale. Lorsque la nouvelle de l'attaque s'est répandue et que les frères de Fati ont menacé de déshonorer la famille si Samira n'acceptait pas de se marier à son violeur, Samira s'est enfuie. Elle a été retrouvée par des travailleurs sociaux d'une ONG locale. C'est ainsi que la « chaîne de soins » a commencé.

“Après enquête par des travailleurs sociaux, ma fille a été retrouvée et intégrée au programme ILLIMIN.” - Fati*

« Après des enquêtes menées par des travailleurs sociaux, ma fille a été retrouvée et intégrée au programme ILLIMIN », explique Fati au sujet du programme qui offre une formation professionnelle aux femmes et aux filles qui risquent de subir un mariage forcé ou à celles qui ont subi des violences sexistes. « Ils ont aidé à mettre en place un atelier de couture dans ma maison et j'apprends à coudre avec 10 filles qui ont vécu la même chose que Samira. »

Former toute la communauté
L'Initiative Spotlight et le Ministère de la promotion de la femme et de la protection de l'enfance travaillent ensemble dans quatre régions prioritaires du Niger pour renforcer les connaissances sur la violence sexiste parmi le personnel médical, psychosocial et judiciaire. Les séances de formation donnent également des compétences nécessaires aux membres de la communauté pour soutenir les survivantes de violences sexuelles.

Dix-sept millions de dollars ont été investis pour mettre fin à la violence basée sur le genre au Niger, marquant le début d'une nouvelle ère d'espoir pour les survivantes de violences basées sur le genre et s'inscrivant dans le mouvement national de protection de la dignité et des droits des femmes au Niger.

* Les noms ont été modifiés.

Par Fatou Binetou Dia. Photo: UNICEF/Nesbitt