BUENOS AIRES, Argentine – A la rencontre de Mariana Reuter, une des membres du groupe de référence de la société civile argentine de l’Initiative Spotlight.

 

Mariana coordonne ‘Sordas Sin Violencia’ (Femmes sourdes sans violence) un programme soutenu par l’ONU qui fournit des services de soutien aux femmes sourdes confrontées aux violences conjugales à Buenos Aires. Elle-même sourde, Marianna connait bien les obstacles auxquels les femmes malentendantes font face lorsqu’elles cherchent de l’aide. 

 

Une étude du PNUD parue en 2018 révèle que les femmes et les filles handicapées font face à une violence sexiste jusqu'à 10 fois plus importante que les personnes non handicapées. Les filles handicapées mentales sont particulièrement vulnérables à la violence sexuelle. Les femmes sourdes ont également deux fois plus de chance de subir des violences conjugales que les femmes entendantes.

 

« L’information qui circule dans les médias n’est pas en langue des signes. Les femmes sourdes n’ont pas connaissance de l’existence de services de soutien. » - Mariana Reuter

 

Mariana considère que l’un des défis majeurs auquel les femmes sourdes sont confrontées est l’accès aux services de soutien. « L’information qui circule dans les médias n’est pas en langue des signes. De ce fait, les femmes sourdes ne sont pas en mesure de se protéger ou de demander de l’aide car elles n’ont pas connaissance de l’existence de services de soutien. »

Mariana Reuter au lancement de l’Initiative Spotlight en Argentine. Photo: Mariana Roveda 

L'accès limité à l'éducation formelle est un autre obstacle auquel les survivantes font face lorsqu'elles cherchent de l'aide. « Beaucoup de sourdes ne savent pas bien lire et écrire car elles ont abandonné l'école très tôt », a expliqué Mariana. « Souvent, elles ne comprennent pas le jargon technique relatif à la violence sexiste et ont souvent du mal à déposer des plaintes écrites.» Mariana pense que les représentants d'institutions de la justice - telles que les policiers - devraient être mieux éduqués et formés pour aider les femmes sourdes. « Il est rare de trouver des interprètes en langue des signes ou des médiateurs sourds dans le système judiciaire », a déclaré Mariana.

 

« La communication est cruciale. C’est la seule façon pour une survivante de ressentir l’empathie de son interlocuteur. » - Mariana Reuter 

 

Sordas Sin Violencia utilisent des outils de communication adaptés, tels que des appels vidéo et d’autres nouvelles technologies permettant de faciliter l’interprétation gestuelle des survivantes. « C'est absolument crucial, c’est la seule façon pour une survivante de ressentir l’empathie de son interlocuteur. Ces outils peuvent améliorer l’aide fournie par les psychologues, les avocats et autres prestataires de services. »

 

Les programmes de l’Initiative Spotlight s’appuient sur le principe fondamental de «Ne laisser personne de côté». Ils ciblent donc les femmes confrontées à des formes de discrimination multiples et imbriquées, y compris les femmes handicapées. En Argentine, l'Initiative s'appuiera sur les enseignements d'un programme soutenu par le PNUD en 2017 mis en œuvre conjointement avec Sordas Sin Violencia, afin de garantir que les femmes sourdes soient pleinement incluses et impliquées dans tous les efforts visant à mettre fin au féminicide.

Par Adrián Arden